à propos

On ne m'a pas offert d'appareil photo quand j'étais adolescente, je n'ai pas été initiée au labo argentique durant ma jeunesse. Je viens des Arts Plastiques, comme on est d’un pays.

 

La plus aboutie de mes expositions, c'est la première.

Je la titre très littéralement La Chambre claire, en référence à la seule photo que Roland Barthes ne montre pas, celle de sa mère morte.

J’omets sciemment mon nom d’auteur sur les invitations. Le spectateur se retrouve livré à lui-même dans le vide d’un appartement. Dans la chambre mausolée, une installation avec projection diapo et moniteur vidéo.

Amniotique.

Ci-gît l’œuvre.

Dans la cuisine est posé un livre d’or, disponible, si vertige du visiteur.

 

 

C'est en 1995, j'ai 23 ans.

 

A l’épreuve artistique de l’agrégation, je refuse de toucher un crayon et propose une installation-performance vidéo.

Avec mes premiers salaires, je m'offre le reflex argentique, pour des reproductions diapo d'oeuvres d'art que je projette en classe. Je me fais prêtresse de la création contemporaine, aussi pour ceux du dernier rang. Mon atelier, c'est ma classe.  Mes élèves me réconcilient avec peinture et dessin. 

Je grille des pellicules pour ma récréation. 

 

Mon mari décède à 33 ans. Adieu le feu sacré, j'enterre mes talents. Non, pendant cette traversée du désert, je n'écris pas mes mémoires. Je vends tout et traverse la France pour m'installer à Toulouse, la ville du bruit, des terrasses de café et des expos photo.